Cold song

Ce matin , dans ma bouche, on a déposé l’obole mortuaire.

Une bien maigre pièce, sur ma langue bleuie par ce décès cholérique et soudain.

Traverserais-je le Styx sans encombre?

Dans la brume des limbes où mon âme erre encore, cette question me hante.

Ainsi qu’une autre, le passeur Caron, y-trouvera-t-il son compte?

Mes parents sont si pauvres ils n’ont rien pu donner.

Je crains de ne pouvoir accéder à la barque funèbre.

Il me faut donc rejoindre le royaume des ombres à la nage.

Mais ce linceul, pour aussi fin qu’il soit, m’encombre.

Et de toutes les façons mon coeur, mes muscles et tous mes membres restent froids et inertes.

Je ne peux donc que sombrer.

Ah! mais voilà que je flotte, malgré tout, entre deux os.

Et le courant m’emporte.

Pour autant je ne suis pas au bout du voyage.

Cerbère m’attend et de ses crocs puissants il déchirera, a coup sûr, ma dépouille fétide.

Car, oui, même l’Enfer n’est pas pour moi.

Ses lourdes portes resteront fermées.

Suis-je à ce point indigne de mourir?

N’aurais-je pas droit au souvenir?

Aux portes de l’Enfer

Techniques mixtes sur papier