L’Africain

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Cimetière de Fenestrelles à Aubagne. 27 juin 2013

Alors voilà! Mon cher petit Papa, tu as décidé de lâcher prise. Ainsi, Maman et Toi n’aurez pas attendu très longtemps, avant de vous rejoindre…Tout juste quatre mois. Pour nous c’est inhumain, mais pour vous sûrement logique.
On dit que ta mort fut paisible, tu t’es éteint dans ton sommeil. De ça nous pouvons être heureux.
Mais que ces derniers mois durent être douloureux.
Tu étais bien traité, certes, mais très dépendant, ne sachant pas seulement où tu te trouvais, perdant chaque jour, un peu plus, ton identité. Sans ta femme, ni ta maison, ni tes amis, ni même ton chien. Contenu tout le jour sur un fauteuil et la nuit dans ton lit. N’ayant plus rien à espérer. Alors même s’il peut paraître cruel de le dire, je crois qu’il était temps que cela prenne fin.
Nous ne t’en voulons pas, tu auras fait le maximum. Ne t’inquiète pas, nous sommes grands, maintenant.

Tu fus tellement autre chose que l’impotent vieillard des dernières semaines, tu fus…Le mouvement même.

Ta longue vie, car tu allais avoir à l’automne 88 ans, ce qui est un assez joli score, a commencé de l’autre côté de la Méditerranée dans un petit port de pêche en Algérie à Mostaganem. Où tu grandis, gamin des rues, espiègle et débrouillard, fréquentant peu l’école. Je connais, car tu nous les as racontées, nombre de tes mésaventures drolatiques d’alors.
Puis tout jeune homme tu te mis à parcourir le continent Africain, D’Est en Ouest et du Nord au Sud, vivant mille péripéties, et laissant derrière toi, quantité de routes, de ponts, d’écoles, d’hôpitaux, de canaux, de barrages, tant de belles constructions, car tu étais un bâtisseur, un grand chef de chantier qui aimait le travail bien fait. Voilà d’ailleurs un goût que tu nous as transmis à nous tes fils.
Mais comment évaluer en quelques mots, le trésor que tu nous laisses?
Quelle belle vie d’homme que la tienne! Quel modèle!…Tu fus si…Utile.
Papa nous sommes très fiers d’être tes enfants et tes petits enfants.

Le chagrin aujourd’hui nous assomme, perdre sa mère puis son père en quelques mois est une lourde épreuve que nous tâcherons d’assumer avec le courage et la dignité que Maman et Toi nous avez appris.
Nous sommes toujours une famille, une magnifique famille.
Vous allez reposer désormais l’un près de l’autre, et vous serez l’été, bercés par le chant des cigales.
Comme je n’habite pas très loin, je passerai de temps en temps, vous donner quelques nouvelles et bavarder avec vous, quand j’en aurai besoin.

Papa, comme beaucoup d’Africains, Tu étais plus superstitieux que véritablement croyant, un genre d’animiste. 🙂
Ce qui est certain, c’est que tu étais profondément anticlérical et tu n’aimais aucune église. Aussi nous n’avons pas organisé pour toi de service religieux, comme nous l’avions fait pour Maman qui elle était très catholique.
Je pense que tu voyais les choses autrement, ta foi tu la vivais en tête à tête avec Ton Dieu, sans aucun intermédiaire. Cette libre pensée, tu nous la laisses aussi en héritage.
Alors je crois que nous pouvons nous signer en ton honneur:

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, Amen.

Adieu Papa, Merci.