Conte de Noël

« Déjà deux heures du mat’…Et j’me suis pas fait un seul client…Non mais quelle chierie cette neige…L’Julot,jamais il voudra me croire…Qu’est-ce que je vais encore me prendre comme tournée! »
Natacha en était là de ses réfléxions,en tirant sur sa nième cigarette,quand elle sentit le fil d’un rasoir passer sur sa gorge.
Elle était tombée…Les yeux écarquillés d’étonnement.La fumée de la cigarette,s’échappait encore un peu de la profonde blessure…Elle ne vivait plus.
Sept heures trente,il recommence à neiger.
Bourrin,le commissaire,interroge Papa Noël,le S.D.F,c’est lui qui a découvert très tôt,ce matin,le corps de Natacha.
« J’vous jure commissaire…Quand j’l’ai trouvée,elle était déjà toute raide.Et y avait plus rien à faire…Vous parlez d’un spectacle…Avant l’premier p’tit blanc pour se réchauffer,ça bien failli m’couper l’envie de le boire.
-Ne t’énerve pas Papa Noël…Je te crois,viens seulement signer ta déposition au commissariat,et après,on te laissera tranquille. »
Bourrin,relève son col,rajuste ses gants et se dirige à pied vers « Le rendez-vous des potes »,un bar du coin dont le propriétaire est bien connu des services de la police,pour divers délits.
En entrant,le policier enlève ses gants,tout en s’adressant au gros barman derrière son comptoir.
« -Salut Tonio…Sale affaire qui te tombe sur le paletot!
-Ah…Mais non,commissaire,moi j’y suis pour rien!
-Tu dis ça à chaque fois.
-Oui,mais cette fois j’ai un alibi…J’ai passé toute la soirée à taper le carton…Chez Julot…Vous pouvez vérifier.
-Je n’y manquerai pas,tu peux en être sûr…Mais dis moi…Le Julot,c’est pas le mec de Natacha?Tu sais pas,par hasard,où je pourrais le trouver à cette heure?
-Ben…Heu…Allez toujours voir chez la vieille Mathilde,je crois que c’est là qu’il prend son petit dèj’
-Et c’est aussi là qu’il fait ses comptes avec ses filles. »Ajoute Bourrin mi-figue ,mi-raisin.Renfilant ses gants,il tourne les talons,sort sans saluer et file aussitôt chez la vieille Mathilde.

En entrant dans le troquet,le commissaire trouve julot au comptoir…Avec Sonia,une nouvelle venue sur les trottoirs de la ville.Mais on sait déjà qu’elle a les dents longues,et qu’elle n’hésite pas à mettre des bâtons dans les talons aiguilles de ses concurentes pour le titre de « Reine de la nuit ».
« Alors,les artistes? »Commence Bourrin. »Les affaires sont bonnes? »
Julot paraît à peine surpris de l’entrée du policier.Sonia,elle,baisse les yeux,ses cernes et son maquillage fané disent une nuit trop longue.Se rapprochant du couple,Bourrin continue,tout en otant délicatement ses merveilleux gants florentins.
Tu m’attendais Julot,dirait-on?…Tu sais ce qui est arrivé à ta Natacha cette nuit?…Un petit salopard lui a taillé une jolie boutonnière…On l’a retrouvée vidée de son sang…Si rouge sur la neige blanche…Les couleurs de Noël quoi!
-Je suis au courant en effet commissaire. »Répond Julot.
-Ah?…Alors,tu as peut-être des choses à me dire?
-Moi?…Pas grand chose…A part que j’ai joué aux cartes toute la nuit et j’ai même des témoins.
-Je sais…Je sais…On vérifiera…Et toi?…Sonia?…Rien à dire non plus?
Sonia relève la tête,son fond de teint fout le camp par plaques.Elle est jolie,pourtant.
« -Moi?…J’ai turbiné toute la nuit,murmure la fille.Vous n’avez qu’à demander aux copines.
Eh bien,précise Bourrin,justement…J’ai interrogé Cathy la Rouquine.
Sonia palit encore.
Bourrin poursuit.
« Tu sais,elle partage son bout de trottoir avec toi depuis une quinzaine.Même qu’elle n’apprécie pas trop,vu qu’elle était dans le secteur,bien avant que tu ne ramènes ta jolie frimousse…Alors voilà,la Cathy,elle s’est retrouvée bien seulette,sous la neige,cette nuit,entre une heure trente et deux heures trente…Une période creuse pour la belle rousse,elle n’avait rien d’autre à faire que de compter les minutes. »

D’un mouvement vif,Sonia s’était enfuie vers le fond du bistrot.Quand enfin on réussit à ouvrir la porte des toilettes,on la découvrit,la gorge ouverte,d’une oreille à l’autre.Ce qui surprit Bourrin le plus,c’est qu’un peu de fumée s’échappait encore de la profonde blessure.
« Comme c’est étrange. »Pensa-t-il en rajustant ses gants.